En Mutation
Ghassan Zard à la Résidence des Pins
À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, les jardins et terrasses de la Résidence des Pins s’ouvrent à l’univers sculptural de Ghassan Zard. En Mutation établit un dialogue entre l’un des lieux diplomatiques les plus symboliques du pays et la forêt réinventée de l’artiste, un monde hybride peuplé d’arbres dansants, de créatures métalliques, de sculptures-totems et de formes animales à mi-chemin entre nature et artifice.

Minutieusement composées de bois récupéré, de troncs autochtones, de bronze moulé et d’aluminium coulé, les œuvres résonnent avec le sol même sur lequel s’élève la Résidence, à la lisière du Horsh Beirut, vestige d’une forêt autrefois ouverte à tous, aujourd’hui fragmentée et largement inaccessible. Ces sculptures traduisent la métamorphose continue d’un territoire où nature, patrimoine et artifice s’influencent et se redéfinissent mutuellement. Elles offrent une lecture sensible du Liban, façonné par des strates entremêlées d’histoires, de mémoires et de cicatrices.

En associant matière organique et artifice sculpté, Zard convoque une géologie affective du pays, où chaque couche porte les traces d’un passé enfoui, d’un héritage disputé et d’une richesse naturelle trop souvent négligée. En Mutation devient ainsi une exploration vivante de la manière dont le patrimoine, loin d’être figé, évolue au gré des forces naturelles, des interventions humaines et des imaginaires qui les façonnent.

Les sculptures de Ghassan Zard ne cherchent pas à orner la Résidence, mais à l’habiter, à en troubler les contours et à laisser parler son sol, ses arbres et ses vides. Par cette présence végétale et spectrale, le jardin est réactivé comme espace d’écoute, de mémoire et d’imagination. C’est là, peut-être, que réside le véritable patrimoine national : dans ce qui survit, repousse et s’invente au bord du silence.

Totems
Les sculptures associent la texture brute du bois à des ajouts de métal qui comblent fissures et cavités. Chaque cicatrice devient ainsi une surface travaillée, chaque vide une ouverture réinventée. Par ce dialogue entre matière organique et métal, Zard transforme la mémoire du bois en figures dressées qui évoquent des créatures imaginaires oscillant entre animalité et artefact. À la manière des totems, elles condensent mémoire, protection et identité.
Murmures
Dans cette série, Ghassan Zard redonne voix aux arbres en fusionnant troncs récupérés et formes organiques en métal. Les volumes semblent jaillir de l’intérieur, s’étendant vers l’espace environnant comme une parole qui prend corps. Massives et puissantes dans leur présence, ces sculptures laissent pourtant entendre une voix basse, presque souterraine, des chuchotements qui rappellent la mémoire vivante et silencieuse des arbres.

Les pleurants
Trois blocs de bois élancés portent chacun une forme métallique, semblable à une goutte figée, arrêtée dans sa chute. Leurs surfaces striées rappellent les traces laissées par l’eau sur la matière, comme si la pluie avait inscrit son passage, mémoire silencieuse d’un cycle naturel. Ces sculptures évoquent la capacité de la nature à transformer, marquer et transmettre, faisant du bois et du métal les témoins d’un patrimoine écologique en mutation.